7 – Les femmes et l’art

La semaine internationale des droits des femmes

16 mars 2020

La représentation de la femme dans l’art a une longue histoire: nous retrouvons la femme comme objet d’une oeuvre artistique assez aisément: la sainte, la madone, l’ange ou la déesse… Nous contemplons souvent la femme vue par l’homme.

Cependant, où est la femme sujet qui s’exprime au «je»? Où est cette femme artiste qui, comme toute personne, «pour ne pas laisser sombrer dans le néant une vie intérieure qui ne sert à rien, pour s’affirmer contre le donné qu’elle subit dans la révolte, pour créer un monde autre que celui où elle ne réussit pas à s’éteindre, [a] besoin de s’exprimer»? (Simone de Beauvoir, Le deuxième sexe, II)

Aujourd’hui, le monde de l’art et de la culture se vit comme une exception de milieu avant-gardiste, progressiste, mais quand il s’agit de la représentation, nous y observons assez vite une domination masculine.

Si les femmes sont majoritaires dans les écoles d’art, la tendance se renverse dès lors qu’elles entrent en activité; dans la musique par exemple, elles sont 55% dans les classes, mais seulement 17% à recevoir des droits d’auteurs. En France, une cinéaste femme touche 42% moins qu’un homme. Entre 2008 et 2015, seulement 28% des projets aidés par la CNC étaient portés par les femmes. Parmi les oeuvres jouées sur les scènes subventionnées de la spectacle vivant en France seulement 11% ont été écrites par des autrices. Parmi les chefs d’orchestre du monde entier, seul 6% sont des cheffes. (Documentaire Arte, Kreatur, 2018)

Selon le Rapport Reine Prat publié en 2006 dans le cadre de la Mission EgalitéS :

«Ce sont des hommes qui dirigent : – 92% des théâtres consacrés à la création dramatique. – 89% des institutions musicales. – 86% des établissements d’enseignement. – 78% des établissements à vocation pluridisciplinaires. – 71% des centres de ressources. – 59% des centres chorégraphiques nationaux.

97% des musiques que nous entendons dans nos institutions ont été composées par des hommes. – 94% des orchestres programmés sont dirigés par des hommes. – 85% des textes que nous entendons ont été écrits par des hommes. – 78% des spectacles que nous voyons ont été mis en scène par des hommes. – 57% ont été chorégraphiés par un homme.»

En apparence, l’ensemble des réseaux institutionnels est accessible à tous et à toutes sans distinction de sexe, mais dans les faits la visibilité des artistes femmes est inférieure à celle des hommes.

Dominique Pasquier le souligne dans son article, «Carrières de femmes: l’art et la manière» (1983), les travaux des historiennes de l’art démontrent l’omission de toute référence aux femmes artistes dans les ouvrages ou manuels d’histoire de l’art. On constate donc non seulement le manque de représentation égalitaire des femmes dans le milieu artistique, mais aussi l’absence de volonté de représenter les femmes dans l’histoire de l’art.

Aujourd’hui beaucoup d’artistes dénoncent cette situation et on peut retrouver de l’espoir grâce à certaines femmes qui veulent renverser le problème de la sous-représentation. Notamment, avec la leadership de Camille Morineau, commissaire de nombreuses expositions, a été fondée l’Association AWARE (https://awarewomenartists.com/) qui a pour but de «replacer les artistes femmes du XXe siècle dans l’histoire de l’art». Elles mettent à disposition un site internet comme un centre de ressource virtuel pour la diffusion des informations sur les artistes femmes, elles organisent des tables rondes et des conférences ou encore des visites dans les musées à la découverte des artistes femmes et de leurs oeuvres. Un autre projet d’origine états-unienne intitulé Advancing Women Artists fait ce même effort de restitution qui est aussi accessible sur le site: http://advancingwomenartists.org/.

Comme disait Arthur Rimbaud dans sa lettre à Pierre Demany : «Les poètes seront! Quand sera brisé l’infini servage de la femme, quand elle vivra pour elle et par elle, l’homme —-jusqu’ici abominable — lui ayant donné son renvoi, elle sera poète elle aussi! La femme trouvera l’inconnu! Ses mondes d’idées différeront-ils des nôtres? Elle trouvera des choses étranges, insondables, repoussantes, délicieuses, nous les prendrons, nous les comprendrons.» (Cité dans Simone de Beauvoir, Le deuxième sexe, II)

– Portrait 7 de notre sélection : Guerilla Girls –

Aujourd’hui, nous avons choisi de vous présenter non pas une seule femme, mais une collective de femmes artistes activistes fondée à New York en 1985: Guerilla Girls. Cette collective remet en cause «tous les filtres du monde de l’art qui marginalisent les femmes, les artistes de couleur, les artistes lgbt et les artistes handicapées»

L’initiative a été prise suite à une exposition de Museum of Modern Art (MoMA) qui faisait l’état des lieux de la peinture et la sculpture dans le monde où sur 169 oeuvres exposées, seulement 13 étaient signées par une femme.

Elles portent des masques de gorille en public et utilisent l’humour et des visuels scandaleux pour illustrer les préjugés sexistes et ethniques ainsi que la corruption dans la politique, l’art, le cinéma et la culture. Elles luttent contre la discrimination et soutiennent les droits humains pour tous les peuples et tous les genres. Depuis 1985, elles ont pu réaliser 100 projets de rue, affiches et autocollants dans le monde entier, notamment à New York, Los Angeles, Minneapolis, Mexico, Istanbul, Londres, Bilbao, Rotterdam et Shanghai.

Féministement,

Idil Uzay UZUN, Présidente de l’ADHS

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