6 – Les femmes à la rue

La semaine internationale des droits des femmes

14 mars 2020

Les personnes sans-abri, hommes ou femmes, ont des contraintes propres à leur sexe. L’une de nos représentations sociales continue à associer la femme à la maison et aux enfants, ainsi la situation des femmes sans domicile fixe remet en cause cette vision.

Les femmes sans-abri semblent moins nombreuses que les hommes, pourtant elles représentent 38% des personnes sans domicile fixe selon les dernières données de l’Insee en 2012. Dans la tranche d’âge 18-29 ans, elles sont 48%. Pourquoi cette invisibilité ? Les femmes à la rue se cachent. Elles sont particulièrement vulnérables, exposées aux violences physiques, agressions sexuelles et viols. Les femmes ont également honte et préfèrent ne pas montrer leur féminité. Selon l’association l’Entourage, une femme sans-abri est agressée toutes les huit heures en France. « La terreur est la norme quand on est une femme dans la rue », écrit Claire Lajeunie, dans son livre « Sur la route des invisibles : femmes dans la rue » (2015), qui a inspiré le film « Les Invisibles » (2018) réalisé par Louis-Julien Petit.

D’autre part, les femmes sans-abri ont un accès plus important que les hommes aux hébergements temporaires (hôtels ou centres), les rendant moins présentes dans dans la rue. Cependant, pour les hommes comme pour les femmes, les hébergements d’urgence sont saturés, obligeant des personnes à dormir dehors. Le 27 novembre 2019, l’ouverture de 60 places d’hébergement gérées par le 115 au sein de l’hôpital Trousseau de Paris a été annoncée. Une fois la capacité atteinte, des vigiles ont été placés devant l’entrée de l’hôpital afin de bloquer l’accès aux familles espérant bénéficier d’un hébergement. L’hôpital a été « contraint » d’interdire l’accès à une dizaine de familles, y compris femmes et enfants en bas âge, justifiant un risque pour leurs patients hospitalisés.

Cet événement est révélateur d’une crise. En effet, les hôpitaux accueillent des personnes à la rue alors que ce n’est pas leur fonction première. Le Samusocial de Paris, qui gère les appels du 115 de la capitale, appelle les pouvoirs publics à créer de nouvelles places d’hébergement en urgence afin de faire face à ce déficit. Environ 400 familles par jour n’obtiennent pas de solution d’hébergement en appelant le 115, soit environ 1300 personnes, selon les données fournies par le Samusocial en 2017. A noter que, pour le Samusocial, une famille correspond à un ou deux parents avec un ou plusieurs enfants mineurs, ainsi une femme et son bébé sont considérés comme une famille, tandis qu’une femme avec un enfant de plus de 18 ans ne le sont pas.

Également, certaines structures d’accueil sont mixtes, décourageant les femmes de s’y rendre. Elles ont besoin de lieux non-mixtes, rassurants pour elles. Il faut savoir que les agressions peuvent avoir lieu au sein des centres mixtes, par des hommes sans-abri mais aussi par le personnel. Il est nécessaire de former des personnes qui sauront s’adapter aux difficultés spécifiques rencontrées par les femmes. La Ville de Paris s’attache de plus en plus à ouvrir des lieux réservés aux femmes, ou aux femmes avec enfants.

Par ailleurs, les femmes qui se retrouvent à la rue sont confrontées à un manque d’hygiène. Pour se laver, elles peuvent utiliser les douches publiques, cependant le problème reste toujours celui de la mixité. De nombreuses associations mais aussi des communes cherchent à ouvrir des bains-de-douche réservées aux femmes. En outre, elles rencontrent des difficultés à se protéger quand elles ont leurs règles. Les protections hygiéniques coûtent cher et ne sont pas encore remboursées à ce jour. De nombreuses femmes trouvent des solutions alternatives en utilisant le papier toilette des WC publics. Le manque d’hygiène augmente le risque d’infections. Plusieurs associations distribuent des protections hygiéniques aux femmes, comme Règles élémentaires ou l’Association pour le développement de la santé des femmes (ADSF).

« Les hommes en situation de précarité ont cinq fois moins accès aux soins que la population générale. C’est neuf fois moins pour les femmes ! » souligne l’ADSF sur son site. Il faut aussi faire face à la situation alarmante des femmes enceintes à la rue. Lorsqu’elles accouchent à la maternité, elles sont parfois obligées de retourner dans la rue avec leur bébé, sans solution d’hébergement. Certaines femmes préfèrent accoucher dans la rue de peur que leur enfant leur soit retiré. Souvent ces mamans enceintes sont aidées par d’autres femmes pour accoucher dans la rue. Elles et leurs enfants sont donc particulièrement exposés à des risques sanitaires. Dans un article publié par Le Monde en décembre 2019, Gilles Petit-Gats, directeur de la Coordination de l’accueil des familles demandeuses d’asile, témoigne : « Nous estimons à 146 le nombre de bébés nés dans la rue cette année, alors qu’ils n’étaient que 100 en 2018 et 49 en 2017. La progression est fulgurante. »

Lorsque les femmes, aidées par des associations, entament progressivement un processus de réinsertion, il est essentiel qu’elles bénéficient d’un accompagnement continu. Pour sortir de la rue, il faut du temps. Il faut réapprendre à dormir dans un lieu fermé, à organiser sa journée avec des horaires à respecter, mais il faut aussi et surtout apprendre à se reconstruire. L’accompagnement sur le long terme est primordial, pour les démarches administratives, pour retrouver un emploi, et même encore après.

— Portrait 6 de notre sélection : Anne Lorient–

Anne Lorient a vécu 17 ans dans les rues de Paris. Elle en est sortie au moment de sa 2e grossesse, lorsqu’elle a demandé de l’aide à une association. Aujourd’hui, cinquantenaire, elle se bat pour venir en aide aux femmes et à leurs enfants qui sont dans la rue. Anne Lorient souhaite témoigner, sensibiliser, informer. Elle travaille avec les associations et la Mairie de Paris et intervient en amont afin de rendre les projets concrets, adaptés à la situation, afin que des personnes sans-domicile fixe puissent sortir progressivement de la rue. Elle a également participé à l’ouverture de huit centres d’hébergement exclusivement féminin en région parisienne.

Elle est l’auteur de deux livres. Le premier intitulé « Humains dans la rue : Histoires d’amitiés avec ou sans abri » écrit avec Jean-Marc Potdevin et Lauriane Clément, regroupe plusieurs témoignages de riverains et de personnes sans-abri dans le but de faire tomber les préjugés sur les personnes sans-domicile, et de faciliter la relation entre les deux mondes. Le second, « Mes années barbares » a été co-écrit avec la journaliste Minou Azoulai et porte sur le témoignage d’Anne. Dans son livre, véritable hymne à la vie, elle écrit : « Les quarante premières années de ma vie ont été barbares. Effroyables. Suffocantes. Je veux réussir les quarante à venir. Pour mes enfants, et pour moi. »

Elle donne des conseils pour les maraudes : faire attention à la manière dont on aborde la personne, adopter un comportement simple, éviter les fausse-promesses, privilégier la distribution de serviettes hygiéniques par rapport aux tampons pour des raisons d’hygiène.

Féministement,

Clara Rolin, trésorière de l’ADHS

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