4 – Les femmes en santé

La semaine internationale des droits des femmes

12 mars 2020

Malgré les efforts fournis pour réduire les inégalités entre les femmes et les hommes, les inégalités de genre restent profondément ancrées dans nos sociétés, y compris dans le domaine de la santé. Certainement moins médiatisées, les inégalités de genre en matière sanitaire ont pourtant de sérieuses conséquences sur la santé de la femme.

Attention aux idées reçues ! Si les femmes ont généralement une espérance de vie plus élevée que les hommes, (74,2 contre 68,8 ans) au niveau mondial, notamment en France où le taux est le plus élevé d’Europe (85,7 contre 79,8 ans), ces chiffres cachent des disparités bien présentes (et persistantes) ! De nombreux facteurs, à la fois sanitaires et sociaux, rendent compte d’une réalité contrastée : les femmes ont en fait une moins bonne qualité de vie. Inégalité d’accès aux soins et pratiques sanitaires de base, violences physiques, sexuelles et symboliques, sont autant de facteurs susceptibles d’accroître les risques pour la santé des femmes.

D’ores et déjà, il semble que la femme ne soit pas accompagnée tout au long de sa vie de la même manière. Longtemps restée taboue, la question des protections hygiéniques, ou plus généralement de la période menstruelle, fait récemment surface dans l’arène sociétale, puis politique de certains pays. Mais que dire à ce propos ?

D’abord il est important de rappeler que ces protections, pourtant existentielles pour des millions de femmes, au même titre que l’eau ou la nourriture, ne sont pas gratuites (à l’exception de l’Ecosse depuis 2018). Bien que la Taxe sur la valeur ajoutée des protections périodiques ait été abaissée à 5,5% depuis 2016 (avant taxées à 20%, soit autant que les produits de luxe!) celle-ci n’a pas permis une réduction du prix des protections menstruelles. Ce premier point soulève alors la question de la précarité menstruelle, soit la difficulté que rencontrent de nombreuses femmes pour se procurer des protections hygiéniques. Par exemple, en France, par manque d’argent, une femme sur dix renoncerait à changer de protections périodiques aussi souvent que nécessaire, selon une enquête de l’IFOP pour l’association Dons solidaires (mars 2019) ; et 39 % des plus précaires ne disposeraient pas de tampons ou de serviettes en quantité suffisante. Pour faire face à ce problème, elles sont nombreuses à « bricoler » des protections de fortune (papier toilette, journaux etc.) ou à mettre leur santé en danger. Pour d’autres, il s’agit de choisir entre manger ou « rester propre ». Il paraît donc urgent de revendiquer le droit fondamental d’accès à l’hygiène menstruelle et de s’occuper de cet « impensé des politiques publiques » pour reprendre les termes de la sénatrice française Patricia Schillinger.

La période menstruelle soulève ensuite un deuxième problème : celui de la qualité de ses protections hygiéniques. On estime à hauteur de 11 000 le nombre de tampons ou serviettes hygiéniques qu’une femme utiliserait tout au long de sa vie, et dans la plupart des tampons ou serviettes se trouve des résidus de produits chimiques selon une enquête réalisée par 60 millions de consommateurs. Ainsi, malgré les alternatives existantes, telles que les « cup » ou les culottes menstruelles, les protections hygiéniques en plus d’être payantes, présentent des risques pour la santé de la femme.

En outre, les protections hygiéniques ne sont pas les seules à être dangereuses et à être utilisées quotidiennement par les femmes. En effet, la contraception hormonale, notamment la pilule contraceptive, qui reste le premier moyen de contraception en France, n’est pas sans risque pour la santé des femmes. Les risques d’embolie pulmonaire et de phlébite sont une réalité et le déremboursement des pilules de troisième génération, en raison de leur dangerosité, en témoigne. De même, la pilule engendre des risques accrus d’infarctus et d’AVC à partir d’un certain âge. On constate un manque d’information des femmes quant à ces risques et surtout de la part des jeunes femmes. En effet, la prescription de la pilule paraît anodine et est même utilisée pour lutter contre l’acné et les règles douloureuses. Cependant, comme tous les médicaments, elle présente des effets secondaires, c’est pourquoi de plus en plus de femmes se tournent vers d’autres moyens de contraception, notamment non-hormonaux comme le dispositif intra-utérin (DIU) au cuivre qui, contrairement aux idées reçues, peut être prescrit chez les femmes n’ayant pas eu d’enfant car il n’a pas d’effet négatif sur la fertilité.

Au delà de ces risques, la prise d’hormones peut influer sur le cerveau. En effet, en 2016, une étude danoise de l’Université de Copenhague, publiée dans la revue JAMA Psychiatry, révèle que les femmes sous pilule contraceptive ont un risque de dépression plus élevé de 40% par rapport aux autres, ce chiffre s’élevant à 80% pour les femmes de 15 à 19 ans.

Dans ce contexte, se pose la question de la contraception masculine qui existe depuis longtemps mais n’a jamais vraiment été prescrite et développée car aurait des effets secondaires – ceux-ci étant pourtant semblables à ceux de la pilule – et faute d’une demande assez élevée les laboratoires ne se penchent pas sur la question. Nous sommes donc loin d’une égalité et d’une sécurité en matière de contraception.

S’il est récemment devenu un défi social et politique majeur dans certains pays développés (notamment d’Europe), le problème des violences conjugales n’est pas récent. En effet, un rapport de l’OMS en partenariat avec le Conseil sud-africain de la recherche médicale et la London School of Hygiene & Tropical Medicine datant de 2013, montre qu’à l’échelle mondiale, 38% des femmes assassinées auraient succombé à la violence de leur partenaire intime et le risque de contracter des maladies telles que la syphilis, la chlamydiose ou la gonorrhée serait 1,5 fois plus élevé chez les femmes victimes de violences physiques ou sexuelles de leur partenaire. Ces violences ont donc de graves conséquences pour la santé des femmes telles que des grossesses non désirées, des infections sexuellement transmissibles, des blessures, des dépressions et maladies chroniques.

Mais que représentent ces violences à l’échelle géographique ? Cette étude fait, en effet, l’état d’un bilan contrasté : parmi les femmes agressées par un partenaire intime, 37,7 % vivent en Asie du sud-est, 37 % en Méditerranée orientale et 36,6 % en Afrique. Ces chiffres varient lorsque l’on combine les données sur la violence du partenaire intime et celles sur « la violence sexuelle exercée par d’autres que le partenaire. » En effet, dans ce cas-là, ce sont les Africaines qui en souffrent le plus (45,6 %) suivies des Asiatiques du sud-est (40,2 %), des Américaines (36,1 %) puis des habitantes de pays à revenu élevé (32,7 %), des femmes du Pacifique occidental (27,9 %) et des Européennes (27,2 %).

Malgré la recrudescence des violences conjugales dans le monde, un constat plutôt optimiste peut être apporté. En effet, dans de plus en plus de pays, le sujet s’insère dans la sphère politique, à l’instar de la France, où les violences conjugales font enfin l’objet d’une volonté politique au plus haut sommet de l’Etat. Le nouvel arsenal juridique contre les féminicides traduit la volonté du gouvernement de s’attaquer à ce fléau, mais il traduit aussi une prise de conscience. Dès lors, il est possible d’espérer une extension de ces mesures dans de plus en plus de pays.

Quitte à rester dans le registre des violences, parlons maintenant d’un phénomène d’ampleur tout aussi importante : l’excision. L’excision, ou communément appelée la mutilation génitale féminine, est une pratique – encore aujourd’hui – très répandue dans les pays d’Afrique et quelques pays asiatiques tels que l’Inde, consistant en l’ablation d’une partie de tissu biologique (ou clitoris). Pourtant illégale dans la plupart des pays et considérée comme une pratique “grave et injuste”, “portant atteinte à la Convention des Droits de l’Enfant” par de nombreuses organisations internationales telles que l’ONU, l’OMS et l’Unicef, on estime qu’en 2016 plus de 200 millions de femmes ont subi une excision (rapport de l’Unicef -2016). Plus choquant encore, les filles de moins de 15 ans représentent 44 millions du total des personnes excisées, selon les données de 2016. Les plus fortes fréquences de mutilations génitales pour cette tranche d’âge se trouvent en Gambie (56 %), en Mauritanie (54 %) et en Indonésie où environ la moitié des filles âgées de 11 ans et plus ont été excisées. Si les faits font froid dans le dos, les conséquences sur la santé des femmes et des jeunes filles sont d’autant plus inquiétantes : risque accru de mortalité infantile ou de la jeune femme par hémorragie incontrôlable, risque de stérilité, risques encourus par la petite fille lors d’excisions dans des conditions d’hygiènes parfois insuffisantes (pouvant aller jusqu’à la mort à la suite d’une infection), ainsi qu’au choc généré par la douleur liée à l’opération, souvent faite sans anesthésie, et enfin, le risque de transmission de maladies telles que le VIH en raison d’instruments non stérilisés, utilisés sur plusieurs femmes à la fois.

Bien heureusement, nombreux sont ceux qui s’insurgent contre ce phénomène, et parviennent, grâce à leur mobilisation, à faire changer les choses. Aussi bien chirurgiens que militants, tous dénoncent cette pratique barbare. C’est notamment le cas de Waris Dirie, femme profondément engagée dans ce combat.

Portrait #4 de notre sélection : Waris Dirie

Waris Dirie, née en Somalie en 1965, a subi à l’âge de cinq ans une mutilation sexuelle, selon la tradition. A treize ans, elle décide de s’enfuir du camp nomade où vivent ses parents pour échapper à un mariage forcé avec un homme plus âgé que son propre père et trouvera refuge à Londres après une longue cavale.

Plus tard, après être devenue top model, elle racontera son histoire dans un livre intitulé Les fleurs du désert, en 1998. Elle y dénonce cette pratique atroce qui, sous couvert de la religion, perdure encore.

“ Pendant 4000 ans, des cultures africaines ont permis que les femmes soient mutilées. Cette tradition répandue dans beaucoup de pays musulmans, bien des gens croient que le Coran l’exige. Et pourtant ce n’est pas le cas […]. Cette coutume n’est encouragée et exigée que par les hommes – des hommes ignorants et égoïstes – qui veulent s’assurer l’exclusivité des faveurs de leurs épouses.”. Suite à son témoignage, elle sera nommée par le secrétaire général de l’ONU comme “ambassadrice de bonne volonté” dans la lutte contre les mutilations génitales féminines. A travers ce rôle, elle parcourra le monde pour attirer l’attention sur ces mutilations, considérées comme une violation des droits des femmes. Elle recevra de nombreux prix et distinctions, dont le titre de “Chevalier de la légion d’honneur”, en 2007.

Désormais, Waris Dirie consacre son activité à sa fondation, Les fleurs du désert, créée en 2002, qui mène des actions en matière d’éducation, de prévention et de soins de réparation des dommages causés.

Féministement,

Julie Franc, Emma Gazeau, membres de l’ADHS

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