3 – Les femmes et l’éducation

Semaine internationale des droits des femmes

11 mars 2020

« Tout enseignement pour les femmes doit être considéré comme suspect » disait Gerson, grand chancelier de l’université de Paris, au XVème siècle.

En 1882, il y a tout juste 138 ans, la loi Ferry reconnaissait l’égalité des sexes devant l’instruction. Toutefois, il fallut attendre 1924, pour qu’une unification soit faite dans les programmes scolaires pour les filles et les garçons. Mesdames, si vous aviez vécu avant 1938 en France, il aurait fallu l’autorisation de votre mari pour pouvoir s’inscrire à l’université. Ce n’est qu’en 1989 qu’une loi d’orientation sur l’éducation est venue rappeler la mission de mixité et d’égalité de l’enseignement. En effet, dès lors, les établissements scolaires « contribuent à favoriser l’égalité entre les hommes et les femmes. ».

Si aujourd’hui en France il est constaté que les femmes et les hommes ont le même taux d’alphabétisation (99,9%), ceci est loin d’être le cas dans la plupart des pays du monde. Ainsi, selon un rapport de suivi sur l’EPT de l’UNESCO datant de 2013, 774 millions de personnes sont analphabètes dans le monde ce qui correspond à presque à une personne sur sept.

Parmi ces 774 millions de personnes, deux tiers sont des femmes. Autrement dit 516 millions de femmes sont encore analphabètes. En perspective, le nombre de femmes analphabètes représente plus de 7 fois la population française ou près du double de la population des États-Unis. Dans plus de 2 pays d’Afrique subsaharienne, le taux d’alphabétisation des femmes ne dépasse pas 50% voir 20% dans certains cas. De nos jours, seulement 40% des pays dans le monde ont réussi à atteindre la parité filles/garçons dans le monde.

31 millions de filles, soit la moitié de la population française, étant en âge de fréquenter l’école primaire ne sont pas scolarisées et il est estimé que 17 millions d’entre elles ne le seront jamais. Dans 3 pays, le nombre de filles non scolarisées et supérieur à 1 million, par exemple au Nigéria où 5 millions de filles en âge d’aller à l’école ne sont pas scolarisées.

“La capacité à lire, écrire et analyser ; la confiance nécessaire pour pouvoir défendre ses droits et exiger justice et égalité ; les compétences et les relations qui ouvrent des portes et permettent à chacun de trouver sa place dans la société – tout cela commence par l’éducation.” Sont les mots de Michelle Obama dans son discours « Let Girls Learn » en 2016 à l’occasion de la journée internationale des Femmes.

Le manque d’éducation, et notamment l’inégalité de son accès entre filles/garçons est un problème planétaire et il est nécessaire que cela change !Joaquim Chissano, ancien président du Mozambique a affirmé dans une belle citation : “Les femmes et les filles sont la plus importante ressource de l’Afrique, pourtant inexploitée. Ce sont elles, et non les diamants ou le pétrole et les minéraux, qui seront à l’origine d’un progrès réel, équitable et durable. Les experts en santé et développement, les économistes, les organisations non-gouvernementales, les agences des Nations Unies, et même les banques s’accordent pour dire qu’étendre les libertés, l’éducation et les opportunités offertes aux femmes est la clé d’une croissance économique inclusive. Cela est vrai pour le monde entier, et particulièrement vrai pour l’Afrique.”

En effet, tout passe par l’éducation. La Déclaration du Millénaire des Nations unies a fixé des objectifs de parités en 2000 pour 2015. Toutefois, 60 pays n’ont pas été en mesure d’atteindre les objectifs de parités fixés. Ce déni du droit à l’éducation ne permet pas aux femmes de s’élever socialement et les contraint à rester dans une situation de dépendance vis-à-vis de leur époux, de leur famille et même de la société. L’éducation des filles a un impact énorme sur la société, ceci est non négligeable. En effet, comme l’écrivait Reine Rania de Jordanie, militante pour l’éducation des filles, « j’ai toujours été convaincue qu’en éduquant une fille, vous donnez du pouvoir à toute une nation ».

Dans un rapport mondial de suivi sur l’EPT, l’UNESCO a donné des exemples flagrants du positif qu’apporte l’éducation d’une jeune fille. Parmi ces exemples, trois sont les plus interpellant à mon sens. En effet, il a été constaté que scolariser les filles peut sauver des millions de vies. Ainsi, si toutes les filles achevaient les études primaires, il est affirmé que la mortalité infantile diminuerait de 15%. De plus, si toutes les filles achevaient leurs études primaires, le nombre de décès maternels serait réduit de 70% en Afrique sub saharienne. Enfin, l’éducation des mères améliore la nutrition des enfants puisque, encore une fois, si toutes adolescentes suivaient des études secondaires, 12 millions d’enfants échapperaient aux retards de croissances imputables à la malnutrition.

L’éducation des femmes peut écarter le spectre de la faim. L’éducation peut améliorer l’autonomisation des femmes. L’éducation transforme nos existences. De nombreuses femmes se sont battues pour avoir accès à l’éducation, comme la grande Malala Yousafzai, qui s’est opposée aux talibans qui tentaient d’interdire la scolarisation des filles. Chanda Jat, qui se bat pour l’éducation des filles en Inde, Ellen Chilemba, une jeune femme de 21 ans qui soutient les femmes du Malawi en les poussant à réussir grâce à plusieurs projets ou encore Binita au Népal qui se bat pour montrer que les filles sont loin d’être faibles.

Aujourd’hui, le portrait est celui de Turkan Saylan, militante turque des droits humains

—— Le portrait #3 de notre sélection ——

Turkan Saylan, militante pour les droits de la femme a été désignée par le journal the New York Times comme une « Women’s Rights Champion » voulant dire une championne pour les droits de la femme en 2009.

Madame Saylan a d’abord été une des premières femmes à être dermatologue en Turquie. Elle s’est engagée contre la Lèpre dans les années 70 avec sa fondation Turkish Leprosy Relief Association. Par la suite, elle est devenue une conseillère pour l’Organisation mondiale de la Santé. Dans les années 90 elle participa à la fondation de l’Association de support de la vie contemporaine (« Association for the Support of Contemporary Living » « ÇYDD») étant une organisation non gouvernementale aidant les jeunes filles de Turquie à avoir un accès à l’éducation tout en promouvant l’égalité des sexes.

Turkan Saylan est devenue le symbole de ÇYDD. Aujourd’hui cette organisation est composée de 103 branches dans différents endroits de Turquie, et a permis à 117 147 élèves dont 54 657 à l’école primaire et secondaire et 63 497 étudiantes à l’université d’obtenir des bourses.

Au cours de ces dernières années, Dr. Saylan s’est dévouée à ce projet d’éduquer les filles dans les parties les plus rurales de Turquie, où des traditions forçaient de jeunes femmes à se marier et avoir des enfants aux alentours de leur douze ans. Elle a encouragé l’image de la femme turque laïque et a dénoncé les inégalités des sexes.

En 2009, après avoir combattu le cancer du sein pendant 19 ans, Turkan Saylan est décédée. Nous retenons qu’elle a été un exemple pour tous.

Dans une œuvre qu’elle écrivait avant sa mort, une lettre adressée aux filles de Turquie a été retrouvée. Était écrit dans un passage « Toi, ma chère enfant, arrête de te demander « pourquoi suis je née une fille » ? et fixe tes objectifs à devenir la meilleure que tu puisses être.»

Féministement,

Morgane Fanchette, membre de l’ADHS

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