La réalité virtuelle, futur outil incontournable au sein des prisons ?

“La réalité virtuelle sera une technologie importante. Je suis assez confiant à ce sujet” affirmait déjà Mark Zuckerberg le célèbre PDG de la société Meta Platforms, elle-même propriétaire de la société Meta Quest (anciennement appelée Oculus VR) depuis 2014.

Mais qu’est-ce que la réalité virtuelle? D’après le spécialiste de l’imagerie de synthèse et des usages du virtuel, Jean Segura, on peut la définir comme « l’ensemble des techniques et systèmes qui procurent à l’homme le sentiment de pénétrer dans des univers synthétiques créés sur ordinateur ».
Au premier abord, la réalité virtuelle peut sembler être une technologie assez futuriste souvent réduite aux casques VR et au domaine du jeu vidéo, mais son essor dans divers domaines tels que les sciences, l’art, ou encore la culture démontre l’inverse. Alors pourquoi ne pourrait-elle pas être utilisée dans le domaine pénitentiaire?

Le domaine pénitentiaire étant vaste, la réalité virtuelle pourrait être utilisée de différentes façons, aussi bien en tant que peine que pour la sensibilisation du public à la vie en prison.
Cependant ne serait-il pas plus intéressant d’aborder l’usage de cette technologie comme outil de réinsertion des détenus ?
C’est ce que divers pays ont envisagé et décidé de tester. En effet les États-Unis pour qui le recours à la réalité virtuelle a surtout connu un sursaut suite à des décisions de la Cour suprême, ayant eu pour conséquence de devoir préparer la réhabilitation d’anciens mineurs délinquants dans la société.
En effet, dans la décision Miller v Alabama du 15 juin 2012, la Cour avait établi que les peines de perpétuité sans possibilité de libération conditionnelle pour les mineurs étaient inconstitutionnelles. Elles constituent une violation du 8 e amendement de la Constitution des Etats-Unis qui porte sur la prohibition de sentences cruelles et inhabituelles en raison de leur jeune âge.
Dans une autre décision Montgomery v Louisiana du 25 janvier 2016, la Cour Suprême a rendu cette inconstitutionnalité rétroactive, obligeant 28 États à changer leurs lois.
Des mesures ont donc dû être mises en place préparant alors la sortie de ces anciens mineurs délinquants, déjà incarcérés depuis des années et qui n’avaient jamais fait l’objet de programmes de réinsertion puisqu’ils étaient condamnés à des peines de perpétuité.

Cependant, les Etats-Unis ne sont pas les seuls à s’intéresser au potentiel de la réalité virtuelle, c’est également le cas pour le Royaume-Uni, ou encore l’Australie.

Plusieurs Etats ont alors contracté avec diverses sociétés pour expérimenter tout cela. Il est intéressant de mentionner à cet égard la NSENA VR fondée en 2016 par Ethan Moeller ainsi que Virtual Rehab fondé en 2017 par Raji Wahidy, deux sociétés majeures qui promeuvent la réalité virtuelle comme un outil d’avenir, pouvant notamment être utilisée par les détenus dans le milieu carcéral.

Les apports potentiels pour les prisonniers :

Le recours à la réalité virtuelle ne s’étend pas uniquement à un usage de loisir, mais peut également avoir une visée éducative). En effet, la prison est une communauté avec un mode de vie qui diffère du monde extérieur. Les programmes de réalité virtuelle peuvent créer des scénarios relatifs au monde du travail et aux tâches quotidiennes, permettant de reproduire un environnement que les détenus ont peu connu ou tout simplement méconnu.

En 2016, l’Etat de Colorado a fait passer une loi ayant pour objet la situation des mineurs condamnés à perpétuité ayant effectué entre vingt et vingt-cinq ans de leurs sentences. Ces derniers ont pu bénéficier de la réalité virtuelle pour apprendre par exemple à réchauffer un hot dog ou à marcher dans une rue encombrée de passants. Bien que les graphismes ne soient pas toujours réalistes, la réalité virtuelle permet aux détenus de se préparer à effectuer des tâches quotidiennes qui ne leur sont pas habituelles. Par cette expérience les détenus avaient manifesté une grande surprise face à l’évolution du monde extérieur et c’est avec un certain désarroi que certains ont démontré une forte anxiété de ne pas s’y intégrer parfaitement. Une des personnes a même indiqué qu’elle ne reconnaîtrait probablement pas les supermarchés actuels modernisés avec des machines qui remplacent de plus en plus le personnel humain. D’autres n’avaient jamais connu certaines actions courantes comme le paiement des factures. Beaucoup de détenus ont été déstabilisés face à ces actions qui peuvent nous sembler banales dans notre vie quotidienne.
La réalité virtuelle permet donc de préparer mentalement les détenus à leur future vie quotidienne et ainsi rendre la transition plus facile, les exposant moins au risque de commettre un impair.

La réalité virtuelle est également considérée par ses différents créateurs comme un outil complémentaire permettant aux détenus de mettre en pratique et reproduire ce qu’ils ont appris lors des simulations, une fois dans le monde extérieur.
Elle peut alors être utilisée pour simuler des entretiens d’embauche, ou immerger l’individu au cœur d’une profession comme par exemple celle de mécanicien. Ainsi les détenus peuvent se préparer à intégrer le monde du travail et s’habituer à une discipline qui n’est pas celle du monde carcéral.
Si les anciens détenus ont accès à un emploi stable, leur réinsertion a plus de chance d’être fructueuse et donc le risque de récidive sera considérablement réduit. La réalité virtuelle a donc pour atout essentiel de favoriser la réinsertion des détenus dans la société en les rendant conforme à cette dernière .
Les programmes varient également selon les spécificités de l’État du détenu. Le Département des services correctionnels (DOC) de l’Etat d’Alaska prévoit d’utiliser la réalité virtuelle pour familiariser les détenus avec les longues nuits d’hiver par exemple.

L’expérience de la réalité virtuelle peut également contribuer à pallier les lacunes des détenus n’ayant pas eu accès à l’éducation. La Nouvelle-Zélande avait recensé que 32% des prisonniers n’avaient pas fini le lycée. Par ailleurs, les bénéficiaires de la réalité virtuelle dans ce pays ont manifesté un grand enthousiasme par rapport à ce procédé, qui a permis de raviver leurs envies d’apprendre et leur donner confiance en eux. Les détenus peuvent ainsi s’éduquer sans craindre “d’être ridicule” ce qui continue à favoriser leur réhabilitation.

La réalité virtuelle, au-delà de son aspect éducatif, contribue également au bien-être des détenus. Le fondateur de Virtual Rehab estime que les scénarios permettent de réhabiliter non seulement les personnes souffrant d’addictions mais aussi les prisonniers. Leur bien être sera maintenu par leurs facultés à réagir à des situations stressantes auxquelles ils pourraient être confrontés. En effet, la réalité virtuelle leur permet de se familiariser avec des situations auxquels ils seront exposés, comme la rencontre avec une personne agressive dans un bar à titre d’exemple. Ainsi, ils peuvent apprendre à réagir hors des murs de la prison et sans l’intervention des gardiens.

L’expérience procurée par cet outil permettrait non seulement de les préparer de manière générale à leur sortie, mais peut également rompre l’isolement des détenus. La cinéaste Catalina Alarcón a filmé durant six mois les tâches quotidiennes des familles de détenues du centre pénitentiaire pour femme San Joaquin, au Chili. Elles ont pu visionner ces films, leur permettant d’entretenir une forme de socialisation avec le monde extérieur et voir comment leurs familles vivaient. Ainsi elles seront moins déboussolées lors de leur retour dans leurs foyers.

En plus de rompre avec la solitude, les surveillants pénitentiaires peuvent utiliser la réalité virtuelle pour récompenser le bon comportement des détenus en leur proposant d’expérimenter des activités sortant de l’ordinaire, tels que de la plongée sous-marine ou
des randonnées dans les montagnes. Il y a une volonté de récompenser les comportements positifs.
Les tensions entre les détenus pourraient également être réduites et contribuer à diminuer les potentiels actes de violence, pouvant même les inciter à partager les notes de ce qu’ils avaient appris avec les autres détenus. En effet, il a été possible d’observer dans la prison Otago Correction Facility localisée en Nouvelle-Zélande de tels comportements, étendant ainsi les bénéfices de la réalité virtuelle. Par conséquent, les prisonniers renforcent leur ouverture aux autres en propageant les enseignements appris. Évidemment, il ne peut pas être attendu que ce comportement soit systématique, mais le fait qu’il ait pu être observé ne fait que renforcer l’idée que la réalité virtuelle contribue à envisager un autre quotidien avec des codes sociaux différents de ceux de la prison et permet de développer l’empathie des personnes qui en font l’expérience.

Les bénéfices de la réalité virtuelle sont à la fois favorables aux détenus comme nous avons pu le constater, mais aussi à la société de façon plus générale.

Les apports potentiels pour la société

Sur le long terme, la réalité virtuelle pourrait avoir comme atout de limiter le risque de récidive. A ce sujet, Morgen Jaco qui travaille au Département de l’administration pénitentiaire d’Alaska, estime que la réalité virtuelle pourrait réduire la récidive de 66,41%. Sachant que selon l’Institut nationale de la Justice des Etats-Unis, ⅔ des prisonniers sortants de prison sont de nouveau incarcérés au bout de trois ans et ¾ le sont sont après cinq ans.
Pour Daniel McIntyre, le directeur du Département des services correctionnels communautaires de Pennsylvanie, l’un des objectifs de la réalité virtuelle est de protéger la société en favorisant la réinsertion des anciens détenus par les mises en situation proposées. Certes, la réalité virtuelle ne pourra pas prévenir la commission d’infraction, mais la réduction de récidive reste un atout non négligeable contre les atteintes à la société.

De plus, la réalité virtuelle contrairement à certaines critiques formulées n’est pas envisagée comme un outil remplaçant les professionnels ainsi que tous les outils de réinsertion déjà mis en place. Elle agit en tant qu’outil complémentaire et les différentes sociétés utilisant cette technologie n’ont pas la prétention de pouvoir réinsérer les prisonniers par son unique usage, mais seulement de favoriser leur réinsertion en développant notamment leur empathie, la visée éducative des simulations…

En limitant le risque de récidive, les problèmes de surpopulation ne seront pas résolus, mais ne se retrouveront pas aggravés avec le retour des récidivistes. La réalité virtuelle pourrait également continuer de se développer pour mieux former les gardiens de prison à réagir face aux comportements des détenus, leur offrant un meilleur encadrement sachant que la NSENA VRL fournit des programmes de réalité virtuelle qui sont déjà utilisés pour les entraînements de policiers aux États-Unis.

Après avoir vu le potentiel que la réalité virtuelle peut avoir, il convient à présent de se demander comment fonctionne-t-elle concrètement?

Le fonctionnement de la réalité virtuelle

Le projet d’utiliser la réalité virtuelle ne s’étend pas sur l’ensemble des Etats mais repose sur l’initiative de certains. Le projet n’est pas national, des États contractent avec des sociétés privées comme Virtual Rehab et NSENA VRL et font le choix d’expérimenter la réalité virtuelle.

En plus de plonger les détenus dans des situations d’immersion ou de simulation (signifiant d’évoluer respectivement dans un monde alternatif ou celui actuel), elle permet aux détenus de pouvoir faire des activités sans que des problèmes de sécurité se posent, notamment ceux liés au déplacement.

Pour expliquer comment la réalité virtuelle fonctionne plus précisément, les individus sont immergés dans un environnement artificiel numérique à l’aide d’un casque en général.

Ils peuvent alors explorer cet environnement par une vue à 360° ou interagir avec en se déplaçant, communiquant, ou même par le toucher.
Les images et actions sont alors captées et retransmises sur un écran accessible même à ceux ne participant pas directement à l’expérience, que ce soit les spécialistes ou les autres détenus.
Les données récoltées peuvent alors être analysées par les spécialistes ainsi que par des intelligences artificielles, qui pourront donc faire un constat complet sur l’individu, identifier les zones de risques, et même estimer le taux de récidive (on citera à cet effet, les chercheurs de l’institut Philippe Pinel à Montréal dont Christian Joyal qui tentent d’estimer le risque de récidive auprès de délinquants sexuels).

Plusieurs données sont enregistrées pour analyser les actions et réactions de l’individu lors de l’immersion ou la simulation pour que les résultats soient effectifs.
En effet, les casques sont notamment équipés de capteurs qui permettent de suivre le regard de l’individu, ce qui peut permettre d’analyser la cohérence des réponses. Puisqu’il est évident que si le regard est surveillé, il est plus difficile de simuler des émotions.
Ainsi, comme le fondateur de Virtual Rehab Dr Wahidy l’explique, lors d’une mise en situation par réalité virtuelle d’un détenu toxicomane, on pourra voir par exemple si l’individu a longtemps hésité en fixant les drogues qui lui sont proposées, avant de les rejeter ou non. Ce qui peut nous donner de nombreuses informations sur la sincérité de ses réponses, ses progrès ou ses régressions.

Mais d’autres données biométriques sont aussi analysées et enregistrées, telles que la fréquence cardiaque, la tension artérielle et les réactions de la peau. Toujours dans la même optique d’analyser les résultats de ces simulations et leur véracité.

La réalité virtuelle peut alors être utilisée à des fins préventives, mais des chercheurs ont notamment tenté d’exploiter son potentiel curatif. On mentionnera alors à titre d’exemple le Dr. Massil Benbouriche, chercheur à l’Université de Montréal qui étudie la possibilité d’utiliser cette nouvelle technologie pour soigner les délinquants sexuels, en leur apprenant à contrôler leurs pulsions sexuelles.

En outre, plus la base de données se remplit en analysant et récoltant des données sur un nombre croissant d’individus, plus les résultats seront précis, permettant de perfectionner cette technologie.

Du point de vue du respect de la protection des données et de la vie privée des détenus, les personnes incarcérées sont toujours protégées.
En effet, on peut admettre que la récolte d’autant de données sur les participants pourrait potentiellement nuire à leur réputation ultérieurement, ou être utilisée contre eux. Plusieurs processus sont mis en place pour ne pas les identifier, toujours dans une optique favorable
à la réinsertion.
A titre d’exemple, Virtual Rehab utilise un système de blockchain élaboré qui permet d’enregistrer et de transmettre des données sans organe de contrôle. Les données enregistrées par conséquent ne sont pas traitées par un organe central et cette décentralisation permet donc de renforcer l’anonymat, seuls les résultats émergent et pourront donc être utilisés pour aider de façon plus effective les prochains utilisateurs.

Bien que cette nouvelle technologie semble avoir un potentiel plus que prometteur, il reste cependant plusieurs obstacles à affronter.

Les limites de la réalité virtuelle

Nous avons certes vu tout le futur potentiel que la réalité virtuelle pourrait avoir dans le milieu carcéral, mais comme toute nouvelle technologie son développement ne s’accompagne pas moins de nouveaux challenges.

Les problèmes de connectivité:

Une question primaire se pose immédiatement, celle des problèmes de connectivité des prisons.
En effet, on ne doute pas des problèmes et manques d’équipements et de matériels des prisons déjà existants, alors on doute fortement que la priorité soit celle de l’installation des câblages et l’accès à internet.
Toutefois, la réalité virtuelle et toutes les applications qui y sont liées sont extrêmement dépendantes d’une connexion internet effective.
Sans oublier que l’accès à internet n’est pas forcément garanti, voire autorisé dans tous les pays.
On rappellera alors une décision “Kalda c. Estonie” de la Cour européenne des droits de l’Homme du 19 janvier 2016 où la Cour affirme que l’article 10 de la Convention sur la liberté d’expression ne peut être interprété comme “imposant une obligation générale de fournir aux détenus un accès à Internet ou à des sites spécifiques”.
On ajoutera à cela une décision plus récente du 9 février 2001, “Ramazan Demir c. Turquie”, qui précise que “le Gouvernement qui refuse de laisser un détenu qui ne présente pas de dangerosité particulière accéder à des informations spécifiques, peut être constitutif d’une violation de l’article 10 de la Convention”, ce qui semble démontrer une légère ouverture de la Cour concernant l’accès à internet aux détenus.

De plus, il faut considérer que fournir l’accès à internet aux détenus n’est pas sans risque, puisqu’en effet cet accès pourrait être détourné pour commettre des infractions en ligne (cyberharcèlement, pédopiégeage, fraudes…), créant alors un problème de sécurité.
Cependant de nos jours, il est tout à fait possible de restreindre l’accès à internet et donc de bloquer certains sites, notamment par un système de liste blanche, ce qui pourrait fortement contrer tous ces risques liés à internet.

Les problèmes liés au budget

À cette première problématique, s’en ajoute une autre qui y est intimement liée, celle du budget.
Comme mentionné précédemment, l’existence de nombreux problèmes budgétaires dans le milieu pénitentiaire n’est pas une grande surprise.
Le manque de structures adaptées et la surpopulation carcérale notamment, en sont de parfaits témoins.
Et sachant que comme toutes les nouvelles technologies leur coût peut être assez conséquent, on peut alors deviner que l’accès à la réalité virtuelle au sein des prisons peut être compromis.
En effet, il faut prendre en considération le coût important du matériel et des logiciels de la réalité virtuelle, mais aussi le coût général qui entraînerait le développement d’un environnement propice à recevoir tous ces dispositifs (comme la formation du personnel par exemple).
Ainsi on peut douter des chances de financement d’un tel projet qui demeure non prioritaire, par une administration pénitentiaire aux fonds limités déjà en difficulté.

Néanmoins, on peut se demander si le coût de la mise en place de la réalité virtuelle au sein des prisons favorisant à la fois la réinsertion des détenus et la baisse de récidives, ne serait-il pas inférieur sur le long terme?

Les limites des capacités fonctionnelles de la réalité virtuelle

Malgré tous les bénéfices que la réalité virtuelle peut nous apporter, si ces principaux problèmes de connectivité et de budget sont écartés, il faut tout de même rappeler que la réalité virtuelle a elle-même ses propres limites. Effectivement, la réalité virtuelle restera toujours qu’une “simulation”.
Ainsi, pour la plupart de ces simulations, surtout de mise en situation ou de jeu de rôle, l’individu interagira seulement avec des robots contrôlés par des intelligences artificielles, et non des personnes humaines.
Comme pour tout algorithme, il y a un éventail de réponses et d’actions limitées.
II est également extrêmement difficile de prévoir tous les cas de figure et donc toutes les potentielles réactions des participants.

C’est ce qu’illustrent les professeurs Helen Farley et Caroline Steel de l’Université de Queensland dans une de leurs études, avec les simulations de conduite par la réalité virtuelle. En effet, ces dernières “ne peuvent fournir un retour haptique adéquat pour simuler véritablement la conduite d’un véhicule et ne permettent donc pas d’acquérir des compétences physiques transférables”.
De plus, il a été démontré que “les utilisateurs d’environnements virtuels immersifs ont tendance à sous-estimer la distance perçue par rapport à l’environnement réel”. Il est donc évident qu’un détenu ayant appris à conduire par des simulations de conduite en prison pourrait mésestimer les distances dans le monde extérieur, ce qui constitue incontestablement un réel danger.

Bien qu’il y ait des informations sur le fait que la réalité virtuelle ne peut pas transmettre fidèlement en matière de conduite, cela n’empêche pas d’apporter une pléthore d’autres connaissances, comme celles des règles du Code de la route par exemple. Soit, tout simplement permettre une première mise en contact et donc familiariser l’utilisateur avec les conditions de conduite.

Les limites de la fiabilité des résultats

Il faut également se questionner sur la fiabilité des résultats sur l’efficacité de la réalité virtuelle.

Tout d’abord, puisque pendant les mises en situation par la réalité virtuelle on peut se demander si les participants ayant conscience qu’il s’agit d’une simulation ne pourraient pas altérer leurs comportements, malgré l’analyse de plusieurs données (tels que la pression sanguine, la fréquence cardiaque, etc.) pour vérifier de la véracité des propos et comportements du participant.
Un participant ayant conscience qu’il s’agit d’une simulation pourrait sereinement fausser ses résultats, sans impacter ses analyses.
Cependant il faut ajouter à cela que les détenus participants à ces programmes de réhabilitation par la réalité virtuelle sont sélectionnés, on ne doute alors pas que les profils les plus adéquats seront choisis.
Par ailleurs, la réalité virtuelle ne reste qu’un outil permettant d’aider les experts en la matière.

De plus, la plupart des cas dans lesquels la réalité virtuelle a été testée l’ont été à petite échelle soit, sur divers projets ou programmes en partenariat avec des sociétés privées de réalité virtuelle.
Surtout, sur des individus qui ont été sélectionnés au préalable, que ce soit les anciens mineurs délinquants condamnés à perpétuité aux États-Unis ou bien les détenus choisis par le Département de l’administration pénitentiaire de la Nouvelle-Zélande notamment en raison de leur faible degré de dangerosité ou bien de la durée de leur peine.
Même si tous ces tests se sont donc révélés fructueux, peuvent-ils réellement être pris en considération étant donné qu’ils n’ont été réalisés qu’à une petite échelle?

Cependant, la plupart des résultats ayant démontrés des signes de progression, avec une démocratisation de l’utilisation de la réalité virtuelle, il n’y a pas de raison que ce succès ne s’étende pas à une échelle plus large, même si certains restent sceptiques.
On mentionnera alors la professeure Cindy Rickards de l’Université de Drexel qui doute fortement du potentiel de la réalité virtuelle pour réduire le taux de récidivisme concernant les mineurs délinquants condamnés à perpétuité aux États-Unis avant le changement de position de la Cour suprême.
Cette dernière reproche au système carcéral de ne pas fournir une réhabilitation continue aux détenus tout au long de leur incarcération. Elle affirme également qu’ “il serait naïf de penser que la réalité virtuelle pourrait compenser pour le fait d’avoir retiré des personnes à un moment de leur vie où leur cerveau est toujours en développement d’une communauté pour les déplacer dans des établissements correctionnels punitifs, en les traitant comme des adultes”.

La protection de la vie privée et des datas

Enfin, une dernière question peut se poser, celle de la confidentialité et la protection de la vie privée des données reçues.
En effet, avec toutes ces collectes de données et informations sur les détenus participants et leurs résultats, on peut se demander s’il n’y a pas un risque que cela porte atteinte à leur personne plus tard en affectant leur réputation, cela serait alors contre-productif du point de vue de leur réinsertion.

Mais cette problématique ne semble pas réellement constituer un obstacle, puisque comme nous l’avons évoqué, la plupart des sociétés de réalité virtuelle telles que Virtual Rehab sont équipées d’un système de blockchain permettant à toutes les données collectées d’être décentralisées et anonymisées, tout cela dans une optique favorable à la réinsertion des détenus.
Les données collectées ne sont gardées que pour alimenter la base de données, et donc seulement pour renforcer l’effectivité des analyses et résultats.

Il est important de souligner qu’en général les détenus qui participent à ces programmes de réinsertion par la réalité virtuelle se portent soit volontaires ou donnent au minimum leur consentement.
C’est ainsi que sur ce point là, la réalité virtuelle ne pose aucun problème étant fidèle à l’objectif de réinsertion des détenus.

Karishma Godadhur et Joséphine Loire, membres de l’ADHS

Sources :

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