La place des femmes dans la protection de l’environnement

Selon le principe 20 de la Déclaration de Rio sur l’environnement et le développement de 1992, « Les femmes ont un rôle vital dans la gestion de l’environnement et le développement. Leur pleine participation est donc essentielle à la réalisation d’un développement durable. ». L’importance de leur rôle pour l’environnement est claire. Les institutions internationales et les États reconnaissent aux femmes des droits (au développement, à des conditions de vie saines…), mais elles sont aussi désignées comme des agents indispensables du développement durable. Pourtant, la réalité montre de nombreuses inégalités avec les hommes. Ainsi, la lutte contre les changements climatiques et le combat pour l’égalité entre les femmes et les hommes doivent être menés ensemble.

Les femmes : indispensables au développement durable et à la protection de l’environnement

L’égalité des sexes est vue comme une des conditions permettant un développement durable, c’est-à-dire, selon l’Agence de la transition écologique (ADEME), « un mode de développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs » et qui agit sur trois dimensions interdépendantes : environnementale, sociale et économique. En effet, les femmes doivent avoir accès aux mêmes droits que les hommes tels que : le droit de participer à la prise de décision en lien avec l’environnement pour la dimension environnementale ; le droit à l’éducation pour la dimension sociale ; le droit d’accès à l’emploi pour la dimension économique. Ainsi, le développement durable ne sera pas réel tant qu’il existe des inégalités de sexe.

De plus, les femmes jouent un rôle essentiel pour la protection de l’environnement. Cela s’explique par leurs connaissances particulières des ressources naturelles grâce à leurs travaux domestiques ou dans les cultures. En effet, étant à l’origine de plus de la moitié de la production des produits alimentaires dans les pays en développement, les femmes possèdent des savoir-faire bénéfiques à la biodiversité et à de bonnes ressources productives.
Dans les pays du « Sud », les femmes ont la charge de nourrir leur famille en travaillant dans les champs ou en allant chercher l’eau potable par exemple. De ce fait, il est primordial pour elles que l’environnement soit préservé pour la survie de leur famille. Dès les années 1970, des groupes de femmes ont lutté contre la déforestation afin de préserver leurs ressources, tel que le mouvement Chipko en Inde pour les forêts de l’Himalaya. Le gouvernement indien avait octroyé des terres à une entreprise qui allait tout déboiser, faisant perdre les ressources naturelles et les revenus des femmes aux alentours. Celles-ci se sont alors unies pour une action non-violente consistant à enlacer les arbres pour empêcher leur abattage. Elles gagnèrent ce combat et inspirèrent d’autres luttes semblables.
De même, en exerçant des activités professionnelles souvent liées aux soins et ayant la charge traditionnelle (injuste) des tâches ménagères, les femmes sont considérées comme plus altruistes que les hommes, donc plus sensibles et investies pour la cause environnementale. Leurs choix politiques en France peuvent le montrer : pour les élections européennes, 17 % de femmes ont voté pour le parti « Europe Écologie Les Verts » contre 9 % d’hommes.
Ce décalage pourrait aussi s’expliquer par un stéréotype qui associe l’écologie à une forme de féminité, alors que c’est le combat de tout être humain de protéger sa planète…

Les femmes : largement exclues de la prise de décision environnementale

Alors que les femmes jouent un rôle majeur dans l’adaptation aux changements climatiques, elles sont paradoxalement exclues de la prise de décision. Elles sont moins représentées dans les organes étatiques ou internationaux, dans les entreprises, au sein même de leur foyer. Par exemple, parmi les 150 chefs d’États présents à la COP21 à Paris en 2015, seulement 8 étaient des femmes. De ce fait, la décision « Questions de genre et changements climatiques » adoptée pendant la COP26 à Glasgow dénonce cette absence persistante de représentation des femmes dans les délégations officielles des États. Elle met alors en place des mécanismes pour encourager les États parties à faire participer les femmes : par exemple, cette décision demande au secrétariat de décompter les temps de parole des femmes et des hommes lors des réunions relatives à la Convention.
Ainsi, depuis quelques années, les textes internationaux cherchent à octroyer des droits à l’information et à la participation à la politique climatique pour les femmes. Néanmoins, certains États sont encore réticents : pour les négociations de l’accord « Action for Climate Empowerment » pendant la COP26, le droit à l’éducation aux changements climatiques pour les filles et les garçons n’a pas été retenu car certains États ne reconnaissent pas le droit à l’éducation des filles.

Les femmes : plus vulnérables que les hommes face aux changements climatiques

Les femmes sont les premières victimes des catastrophes naturelles et des changements climatiques. En effet, dans les pays du « Sud », elles sont dépendantes des ressources naturelles puisqu’elles doivent travailler dans les terres agricoles, approvisionner leur famille en eau et en bois… Elles sont donc plus vulnérables à la sécheresse, à la désertification, aux inondations puisque 60 à 80% de la nourriture des pays en développement est produite par les femmes. La raréfaction de l’eau potable les pousse sans cesse à allonger leurs trajets quotidiens pour en trouver. Cette tâche pénible empêche encore plus les filles d’aller à l’école ou les femmes d’avoir un travail émancipateur.
De même, ce sont les personnes en situation de pauvreté qui supportent la majorité des conséquences des dérèglements climatiques, tandis que les femmes représentent sur le plan mondial 70% de ces personnes pauvres ! Selon l’ONU, le risque de décès face à une catastrophe naturelle est 14 fois plus élevé pour les femmes : par exemple, 70% des personnes décédées lors du tsunami de 2004 en Asie étaient des femmes.

Zoom sur les conséquences de l’industrie de la mode rapide (« fast fashion ») sur les femmes avec Audrey Millet

Pour le pôle Environnement de l’ADHS, Audrey Millet, docteure en histoire, spécialiste de l’histoire de l’habillement, chercheuse à l’Université d’Oslo et autrice du « Livre noir de la mode », nous présente le traitement des femmes dans l’industrie de la mode.

La mode détruit des vies et la planète mais cela n’est pas aussi récent que l’on pourrait le croire. En Europe, pendant la colonisation au XVIIe siècle, des milliers d’hommes partent conquérir de nouvelles terres et ont besoin d’être habillés. On réquisitionne alors des femmes pour qu’elles produisent très rapidement des vêtements en série, sans mécanisation. Ensuite, en période de paix, les femmes sont toujours à la main d’œuvre pour habiller cette fois les esclaves.
La mécanisation au XIXe siècle n’arrange pas les choses dans les ateliers de misère : les machines sont très dangereuses et il faut produire encore plus. Des enfants qui travaillent avec les femmes «partent en lambeau» selon les mots d’Audrey Millet. La situation sanitaire inquiète même les bourgeois et les aristocrates qui se demandent où sont produits leurs vêtements car ils craignent d’attraper des maladies comme la tuberculose. Des lois sont alors adoptées pour les rassurer.

Aujourd’hui, les conditions n’ont pas changé mais elles se sont déplacées en Asie du Sud et en Chine. Les femmes en Inde, ou appartenant aux Ouïghours en Chine, sont maltraitées dans des camps de stérilisation. En Inde, il y aurait 40 ligatures des trompes par heure. Bien entendu, certaines femmes décèdent et celles encore vivantes ne réalisent même pas ce qu’elles ont subi par manque d’éducation. Ces femmes sont utilisées comme une main d’œuvre à moindre coût sans défense pour travailler dans les champs de coton ou dans les usines de textile de marques connues par tous en Europe.
Néanmoins, la toxicité de l’industrie de la mode entraîne aussi des conséquences néfastes en France. Audrey Millet nous parle d’une vendeuse d’une grande chaîne de prêt-à-porter, au Mans, qui a des boutons partout sur le corps en ouvrant les cartons de vêtements. Son corps a été intoxiqué par les produits chimiques sur nos vêtements (c’est pour cela qu’il est primordial de laver les vêtements qu’on vient d’acheter, dire « ça sent le neuf » ou « ça sent le magasin » ne fait que confirmer qu’ils sont bourrés de produits nocifs…). Audrey Millet nous cite quelques-uns de ces produits hautement toxiques : arsenic, mercure, plomb, baryum, cadmium, etc. À cause de cela, cette vendeuse a fait plusieurs fausses couches. Il faut savoir qu’il y a peu de témoignage de ce genre car les grandes enseignes paient très cher leurs employées malades pour qu’elles n’en parlent pas…
L’infertilité n’est pas la seule conséquence du fait de porter des vêtements de fast fashion produits en Asie : le développement de nombreux cancers peut être aussi lié. Le docteur indien spécialisé en philosophie du textile, Subramanian Senthilkannan Muthu, dit qu’il y a eu une augmentation de 30% du cancer du poumon à cause des quelques 8000 produits présents dans nos vêtements !

Toutefois, il ne faut pas oublier que ces produits toxiques touchent aussi les hommes. Par exemple, des colorants toxiques sont utilisés pour faire tenir la couleur et pour la finition des boxers.

Ainsi, Audrey Millet compare le fait que les humains essaient de faire attention à la qualité des denrées alimentaires qu’ils mangent pour ne pas être soumis à des substances toxiques, mais ils pensent qu’ils ne mangent pas leurs chaussettes donc tout va bien. Pourtant, ces produits chimiques rentrent par notre épiderme et c’est un empoissonnement perpétuel… Malheureusement, il est difficile économiquement et socialement pour de nombreuses personnes d’acheter des vêtements plus respectueux de notre santé.

D’un point de vue environnemental, le lieu de vie des femmes des pays en développement est aussi touché par l’industrie de la mode. Les champs de coton sont remplis de pesticides alors que les femmes représentent la majorité de la main d’œuvre et sont donc confrontées à ces produits toxiques. L’eau est aussi évidemment touchée. Les villages sont dépeuplés à cause de la pollution des sols. Audrey Millet nous parle avec émotion d’un témoignage de parents d’un enfant malade à cause du déversement de ces produits dangereux, ils savent que leur enfant va mourir. En effet, ils ne peuvent pas le soigner car ils ne disposent pas de couverture sociale.

Ces informations choquantes délivrées par Audrey Millet pour le pôle Environnement de l’ADHS ne sont qu’un léger résumé de la réalité de l’industrie de la mode. Nous vous conseillons donc vivement de lire le «Livre noir de la mode» (aux éditions Les Pérégrines) pour prendre conscience de ce qui se cache derrière les grandes enseignes et les vêtements que l’on porte tous les jours.

Salomée Robert, membre de l’ADHS

Sources :

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